Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/159

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

nerfs, de son éducation, de la température, de l’ennui. Cela ne lui semblait point blâmable. Même elle n’y attachait pas grande importance. Elle aimait, comme on va au théâtre, comme on rend des visites. Le rendez-vous d’amour fait partie des occupations mondaines au même titre que le tour au Bois ou que la station chez la couturière. C’est un devoir presque. Elle s’y soumit de toutes ses forces.

Entre deux intrigues, il lui vint une fille. Elle la soupçonna légitime, d’ailleurs ne s’en soucia point. Thérèse trouva en elle une mère incomparable, pleine d’affection et de dévouement. Mais la présence d’un enfant ne produisit aucune modification dans les habitudes de madame Delnard.

Thérèse grandit, fit sa première communion, eut seize, dix-sept ans. C’était une belle fille sérieuse, de figure grave et de regard loyal. Sa mère la sortait souvent et la menait dans le monde. On les prenait pour deux sœurs.

Elles s’adoraient, fières l’une de l’autre. Néanmoins, seules, elles causaient à peine, leurs caractères et leurs goûts ne se convenant point. Madame Delnard ne se sentait jamais à l’aise auprès de sa fille. La mélancolie de ces yeux la gênait