Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/31

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» C’est cela que mes hommes ont compris, et c’est à cause de cela qu’ils sont heureux de se dévouer. Et l’ennemi ne passera pas. Il n’entrera pas ici. Il ne brisera pas le ruban fragile tendu devant votre porte et qu’aucun de mes hommes n’aurait voulu rompre. Il ne viendra pas, je vous je jure. Ah ! si je n’ai même pas consenti, par respect pour votre pensée secrète, à feuilleter ces livres où vous soulignez les phrases qui vous émeuvent, comment ne serais-je pas fou de colère à l’idée que quelque officier barbare pourrait mettre la main sur votre portrait, et emporter, comme une proie conquise, l’image de la belle demoiselle blonde pour qui le destin me permet de combattre ?

» Mademoiselle, au bord de la rivière qui baigne le jardin, il y a une prairie où veillent trois grands peupliers. C’est là que ceux d’entre nous qui doivent succomber auront leurs tombes, et, sur leurs tombes, de petites croix avec leurs noms. À votre tour, jetez-y des fleurs, belle demoiselle blonde, et venez quelquefois vous agenouiller près de nous.

» Je vous salue, mademoiselle.

» Signé : Lieutenant Davrignat. »

Au bord de la rivière… le jardin… De toute cette lettre dont chaque ligne l’avait remuée au plus profond de son âme, Geneviève ne retint que ces mots… La prairie… les tombes avec leurs petites croix…