Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/32

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— Ah ! murmura-t-elle en pleurant, des fleurs, je vous en promets à tous, et jusqu’à la dernière heure de ma vie.

Elle descendit en hâte. Elle traversa le jardin. Et voici devant elle la prairie où veillent trois grands peupliers. Et voici les croix, un cimetière de petites croix humbles, faites grossièrement avec des baguettes de saule autour desquelles il y avait un morceau de papier.

— Mon Dieu ! quels noms va-t-elle lire ? Comment s’appellent-ils, ces frères inconnus qui sont morts pour qu’elle vive heureuse ? Jean Duparc… Antoine Rigaud… Vatinel, sergent… Henrion, caporal… Marius Delsol…

À mesure qu’elle avançait, son angoisse devenait plus précise, Avant de s’offrir à ses yeux, et tout en souhaitant la paix éternelle à René Duval, à Philippe Heurtebise, fourrier, à Pierre Le Goff, clairon, à Mathieu Giffard, à Raoul Beaupré, elle pensait au nom qu’elle ne voulait pas voir.

Et ainsi arriva-t-elle à la dernière des petites croix. Et le nom du lieutenant Davrignat n’y était pas inscrit.

Alors elle s’agenouilla, avide de dévouement, éperdue de reconnaissance, et elle pria pour ceux qui étaient morts…