Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/42

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— Les gens ! protesta Victor, pas ceux de ton âge, en tout cas, ni de ta santé.

— Oui, Sans doute. Seulement, peut-être que j’y faisais trop attention, à ma santé et à mes vieilles douleurs. Toujours est-il que ça va mieux, beaucoup mieux. Tu ne croirais jamais combien je me sens solide. Vrai, j’en fais autant qu’un autre. Je vais être cité…

Victor l’écoutait avec un certain malaise. Il y avait dans l’intonation et dans l’attitude de son père quelque chose qui ne lui semblait pas naturel, et il éprouvait une inquiétude confuse à chercher sous les paroles du bonhomme ce qui pouvait être l’exacte vérité.

— Il y a longtemps de cela ? demanda-t-il.

— Deux mois et demi, trois mois bientôt.

— C’est drôle, maman ne m’en a rien dit dans ses lettres.

— Elle ne voulait pas te tracasser. Alors, on t’a dit que je partais en voyage pour affaires. C’est bien ce que ta mère t’a écrit, n’est-ce pas ?

— Oui, ou plutôt une femme qui la soignait. Car elle a été malade, cette pauvre maman ?

— Un peu malade, paraît-il. Mais c’est fini. Alors, tu vois, j’ai eu raison. Il faut bien faire quelque chose pour son pays. Et je ne regrette pas… non… On est bien nourri… Et mon capitaine est un brave type… un marchand de vin comme moi… On cause… on bavarde…