Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/85

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nait une importance considérable. Que pensait Richard de sa femme ? À l’heure effroyable du danger, en face de la mort, que lui voulait-il dire ? Quelles paroles solennelles éprouvait-il le besoin de lui dire par delà la mort ? Paroles de reproches ? Paroles de haine ? Paroles de désespoir ? Paroles de douceur et de bon conseil ?

Vraiment, aucune curiosité mauvaise ne la poussait. Et, en dépliant la lettre, elle éprouvait plutôt, à l’égard de son mari, un sentiment qui la rapprochait de lui et un désir confus de soumission et de déférence.

Elle lut :

« Henriette,

» Voici plusieurs fois que je t’adresse ces lignes suprêmes, que l’on écrit presque malgré soi, aux heures graves où la mort semble une menace plus imminente. Et, chaque fois, c’est à peu près les mêmes lignes que j’écris, parce que ce sont les mêmes idées qui m’animent et le même souci qui me préoccupe.

» Je ne te parlerai pas du passé, Henriette. Il a été ce qu’il devait être. Si tu ne m’as pas aimé davantage, c’est que je n’ai pas su me faire aimer ou bien que je ne le méritai pas. Les sympathies de notre cœur et de notre chair obéissent à des lois capricieuses, sur lesquelles ne peuvent rien la raison, ni la volonté, C’est ainsi, et il est bien qu’il en soit ainsi.