Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/62

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Elle regagna sa place, et, les paupières closes, fit encore un long effort de méditation. La même idée dominait son esprit. Mais elle sentait que, si la vérité palpitait en elle, elle ne l’atteindrait pas seule, sans l’aide de quelqu’un ou sans l’appui du hasard. C’est alors qu’elle avait sonné et fait demander un entretien à Jean d’Orsacq. La réponse fut immédiate. Le comte l’attendait dans son cabinet de travail.

Pourquoi, à l’instant d’aller à ce rendez-vous, se regarda-t-elle dans son miroir, et se mit-elle de la poudre sur les joues et du rouge aux lèvres ? Elle eut horreur de ce geste instinctif. Elle saisit un mouchoir et s’essuya le visage.

Le bureau du rez-de-chaussée ne servait au comte que pour recevoir les visites de ses fermiers ou de ses hommes d’affaires. Il était sommairement meublé et de dimensions restreintes. Une porte-fenêtre ouvrait sur la cour.

Dès l’entrée, Christiane eut une défaillance qu’elle dissimula, et dut s’asseoir pour ne pas vaciller. Jean d’Orsacq n’osa pas lui tendre la main, de peur d’être rebuté par cette femme dont il avait dénoncé le mari. Ils se turent assez longtemps. Puis, à voix basse, il lui dit :

— Je vous demande pardon.

— Oh ! fit-elle avec cette même intonation, hésitante et sourde… je n’ai pas à vous pardonner. Votre foyer détruit… ce crime… la mort affreuse de votre compagne… vous n’avez pas su ce que vous faisiez. Seulement…

— Seulement ?…

— À quoi bon cette vengeance inutile contre Bernard ? Qu’il y ait eu vol ou non, son déshonneur, le mien… est-ce cela qui peut changer quelque chose… à ce qui fut ? Le châtiment de Bernard ne redonnera pas la vie à celle qui n’est plus.

Il s’approcha un peu, et dit humblement :

« Si j’avais agi par vengeance, je ne vous demanderais pas pardon. Ma détresse excuserait tout. Mais un autre motif m’a fait perdre la tête et Bernard l’a bien discerné, lui. J’ai voulu l’avilir à vos yeux. Éloigné de vous par la disparition de ma femme, plus encore que je