Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/63

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ne l’étais par votre volonté, je n’ai pas pu souffrir qu’il échappât au désastre, lui, et qu’il demeurât près de vous, heureux. »

Elle s’écria durement :

« Taisez-vous !… Je n’admets pas une allusion…

— À ce qui s’est passé entre nous ? Il ne s’est rien passé. Et, pour ce qui est de mon amour, qu’en reste-t-il… puisque je n’ai plus d’espoir ? »

Elle rougit de honte. Il lui semblait que d’Orsacq, malgré tout, l’interrogeait de ses yeux fixés sur elle et de sa voix indécise. Alors, le regardant âprement, scrutant le fond de cette âme qui lui demeurait obscure, elle articula :

« Soyez loyal. Pas un mot de mensonge ou de réticence. Bernard a-t-il volé ?

— Vous le savez bien, puisqu’il avoue.

— Il avoue le geste, mais il proclame son droit. S’il n’a fait que reprendre ce que vous lui aviez pris, comme il l’assure, il n’est plus coupable. Et c’est là ma question. Est-il coupable ?

— Absolument et sans conteste. Oui, j’ai commis la faute de le ruiner, volontairement et sans pitié, pour vous conquérir, car toute ma vie, depuis quelques mois, est dominée par mon amour. Mais mon acte, si odieux qu’il soit, ne repose sur rien qui ne soit juste, légalement juste, moralement juste.

— Vous me le jurez ?

— Je vous le jure. »

Elle plia sur elle-même. Il prononça :

« Vous me croyez, n’est-ce pas ?

— Oui… oui… »

Et, se redressant aussitôt, reprenant contact avec les yeux de Jean, elle lui dit :

« Soit, n’en parlons plus… Tout de même, c’est abominable à vous d’avoir parlé… L’affaire devait être réglée entre vous deux, entre nous trois… J’aurais forcé Bernard à vous rendre l’argent. Mais encore une fois, n’en parlons plus. Seulement, il y a l’autre chose, la plus terrible. Et c’est celle-là qui m’affole… Répondez sans crainte de me faire souffrir. Répondez avec toute votre souffrance à vous… avec votre haine contre celui qui a tué… Répondez. Est-ce Bernard ? »

Il réagit, de toute sa force.

« Non, non… il est impossible qu’il ait tué… Non… non… il n’avait pas de raison pour tuer… Bernard assassin pour de l’argent ? Comment admettre une telle supposition ?

— Votre femme a pu se défendre…

D’Orsacq se révolta.

— Non, Bernard n’a pas tué. Un homme comme lui ne tue pas. L’argent ? Voyons ! Bernard est jeune. Il aurait travaillé…

— Malheureusement, il y a des preuves.

— Des preuves qui ne peuvent pas tenir contre la vérité. Et cette vérité est irrésistible. Bernard n’a pas tué.

— Si la justice se trompe ?

— Si elle se trompe, nous sommes là. C’est à nous de lui montrer son erreur. »

Christiane parut soulagée.

« Oh ! dit-elle, ce sont ces paroles-là que je voulais entendre. Si je suis venue près de vous, c’est pour être secourue. Je ne veux pas que mon mari soit arrêté et qu’il aille en prison. Aidez-moi. Cherchons ensemble. »

D’Orsacq se prit le visage entre les mains, avec découragement.

« Je ne pense qu’à cela. Je veux réparer le mal que je lui ai fait… que je vous ai fait… Mais comment ? De tous côtés on se heurte à des coïncidences… Tant de choses l’accusent ! Que faire ? »

Il s’assit près d’elle, et il commençait à reprendre les événements un à un, pour les examiner et découvrir en eux le petit détail qui pourrait indiquer la bonne route, quand elle l’interrompit :