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SCÈNE VIII


IÔN, XOUTHOS, Le Chœur des Guerriers.



XOUTHOS.

D’où viennent ce silence et ce front soucieux
Et cette ombre, ô mon fils, qui passe dans tes yeux ?
Regrettes-tu ce Temple où fleurit ta jeunesse ?
Songe à ton père, au thrône, au peuple qui s’empresse
Au-devant de ton char dans la grande Athèna.
Jamais un plus beau jour aux cieux ne rayonna !
Es-tu donc malheureux de ma joie, ô chère âme ?


IÔN.

Ô mon père, je crains qu’on m’envie et me blâme
D’envahir brusquement ta demeure et tes biens.
La Reine Kréousa, fille d’aïeux anciens,
S’étonne, non sans droit, de ma prompte fortune.
Vois, mon aspect déjà la trouble et l’importune.
Elle n’a point de fils, et, dans son cœur jaloux,
Cette, elle haïrait l’enfant de son époux.
Tu sais que de douleurs, d’actions inhumaines,
De forfaits imprévus sont sortis de ces haines.