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LE CONSEIL DU FAKIR.


III


Mohammed-Ali-Khan fume, silencieux,
Son hûka bigarré d’arabesques fleuries ;
Mais redressant son front chargé de pierreries,
La Begum, qui tressaille, ouvre tout grands ses yeux.

Le Fakir dit : — Allah ! Le cœur capricieux
Qu’enveloppe l’encens impur des flatteries
S’endort au bercement des molles rêveries
Et s’éveille, enflammé d’un songe ambitieux.

Il n’est pas bon d’errer des regards et de l’âme
Hors le cercle rigide où vit l’honnêteté,
Comme en sa gaine sombre une éclatante lame.

Malheur à qui ne sait que l’amour, la beauté,
La jeunesse qui rit avec sa bouche rose,
Fleurissent pour l’Enfer quand le sang les arrose !


IV


— Bon Fakir, dit le vieux Mohammed, par Yblis !
Tes paroles sont d’or, autant que ton silence,
Et tiennent de niveau les plats de la balance ;
Mais le livre sans doute est fort noir où tu lis. —