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POÈMES BARBARES.

— Leurs yeux ! Arrache-les. Un œil, un seulement !
Et tu crèveras, Maître, après, mes deux prunelles.
— Nulle, dit Satan, n’a de visions charnelles.
Point d’ailes et point d’yeux : ce sont pures clartés.
Va ! Laisse-les monter par les immensités
De lumière où leur Dieu se rit de ma défaite
Et de la destinée horrible qu’il m’a faite.
Aussi bien, qui pourrait les suivre au fond du ciel ?
Mais le monde est à nous ; noyons-le dans le fiel :
C’est un gouffre plus sûr que l’antique Déluge ;
Et que l’homme n’ait plus que l’Enfer pour refuge !
Va ! Jean est chair du Diable, et Grégoire est mauvais,
Et Benoît fort têtu. Donc, rejoins-les. — J’y vais,
Dit la Chauve-souris énorme, j’y vais, Maître. —
Et je l’ai vue au fond de la nuit disparaître.

Or l’Envie est en vous, Pierre, Ange et Balthazar !
Cramponnés aux haillons de pourpre où fut César,
Chacun rit d’être nu, s’il a dépouillé l’autre ;
Et sur les trois morceaux du siège de l’Apôtre,
Près de rôtir, avec un goupil infecté,
Intrus, vous aspergez le monde et la cité !


IV


L’Esprit, par ses chemins, m’a mené d’une haleine
Sur une masse noire et bourdonnante, pleine