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LES PARABOLES DE DOM GUY.

Pour l’âme et pour la chair d’Adam dur et têtu ;
Où le Sang qui nous lave a perdu sa vertu ;
Où la barque de Pierre, aux trois courants livrée,
Heurte les rocs aigus, et s’en va, démembrée,
En haute mer, portant, sous les cieux assombris,
La pauvre Chrétienté qui charge ses débris.
Voilà ce que j’ai vu, par la grâce très sainte
De l’esprit : la Foi morte et la Vérité ceinte
D’épines, comme Christ, après Gethsémani ;
Le Siège unique à bas et son éclat terni ;
Le bon grain pourrissant dans les sillons arides ;
Royautés sans lumière, et nations sans brides ;
Et, par grande misère, au milieu de cela,
En liesse, sonnant ses trompes de gala,
Par-devant Sigismund qui souffre ce blasphème,
La nouvelle hérésie au pays de Bohême.

Or le Roi Jésus-Christ, parlant, comme il lui plaît,
Par la bouche de l’aigle ou bien de l’oiselet,
M’a dit : — Lève-toi, Guy de Clairvaux, pauvre moine,
Car voici que Satan détruit mon patrimoine,
Et le temps est venu d’agir de haute main
Et promptement, de peur qu’il soit trop tard demain. —
Moi, je l’ai supplié, d’une oraison fervente,
De m’épargner, chétif que le siècle épouvante ;
Mais Jésus, derechef, m’a pris par les cheveux,
Disant : — Parle tout haut, moine Guy ! Je le veux. —