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POÈMES BARBARES.


Aux sons victorieux des cymbales de fête,
Viens visiter ta vigne, ô royal vigneron ! —
Et du sombre palais tous deux quittent le faîte.

Ils vont. Et la trompette éclate, et le clairon,
Et le sistre, et la harpe, et le tambour. La foule
S’ouvre sous le poitrail des chevaux de Sidon.

Le chariot de cèdre, aux moyeux d’argent, roule ;
Et le peuple, saisi de peur, s’est prosterné
Au passage du couple abhorré qui le foule.

Mais voici. Sur le seuil du juste assassiné,
Croisant ses bras velus sur sa large poitrine,
Se dresse un grand vieillard, farouche et décharné.

Son crâne est comme un roc couvert d’herbe marine ;
Une sueur écume à ses cheveux pendants,
Et le poil se hérisse autour de sa narine.

Du fond de ses yeux creux flambent des feux ardents.
D’un orteil convulsif, comme un lion sauvage,
Il fouille la poussière et fait grincer ses dents.

Sur le cuir corrodé de son âpre visage
On lit qu’il a toujours marché, toujours souffert,
Toujours vécu, plus fort au sein du même orage ;