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POÈMES BARBARES.


III


Alors, comme un torrent fougueux, des monts tombé,
Qui roule flots sur flots son bruit et sa colère,
Voici ce qu’à ce Roi dit l’Homme de Thesbé :

— Malheur ! L’aigle a crié de joie au bord de l’aire ;
Il aiguise son bec, sachant qu’un juste est mort.
Le chien montre les dents, hurle dans l’ombre et flaire.

Malheur ! l’aigle affamé déchire et le chien mord,
Car la pierre du meurtre est toute rouge et fume.
Donc, le Seigneur m’a dit : Va ! je suis le Dieu fort !

Je me lève dans la fureur qui me consume ;
Le monde est sous mes pieds, la foudre est dans mes yeux,
La lune et le soleil nagent dans mon écume.

Va ! dis au meurtrier qu’il appelle ses Dieux
À l’aide, car je suis debout sur les nuées,
Et la vapeur du crime enveloppe les cieux.

Dis-lui : Malheur, ô Chef des dix prostituées,
Akhab, fils de Hamri, le fourbe et le voleur !
Les vengeances d’en haut se sont toutes ruées.