Page:Leconte de Lisle - Poëmes antiques, 1852.djvu/288

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Quand la Terre était jeune et quand je respirais
Les souffles primitifs des monts et des forêts ;
Des sereines hauteurs où s’épandait ma vie,
Quand j’abaissais ma vue étonnée et ravie,
À mes pieds répandu, j’ai contemplé d’abord
Un peuple qui des mers couvrait le vaste bord.
De noirs cheveux tombaient sur les larges épaules
De ces graves mortels avares de paroles,
Et qui, de Pélasgos, fils de la Terre, issus,
S’abritaient à demi de sauvages tissus.
Au sol qui les vit naître enracinés sans cesse,
Ils paissaient leurs troupeaux, pacifique richesse,
Sans que les flots profonds ou les sombres hauteurs
Eussent tenté jamais leurs pas explorateurs.
Arès au casque d’or, aux yeux pleins de courage,
Dans la paix de leurs cœurs ne jetait point l’orage ;