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Page:Lefèvre-Deumier - Poésies, 1844.djvu/481

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L’œil mouillé de désirs et noyé de tendresses,
Sous les ailes, qu’il aime, il cache ses caresses.
L’amour, l’amour est tout ! dieu multiple et vital,
Comme les dieux géants du Gange oriental,
On voit ses mille fronts, ceints de mille couronnes,
Planer sur tous les cieu.v du haut de tous les trônes.
Il est ce feu subtil qui, du jour émané,
Comme le sang du globe y roule emprisonné.
Il vit comme les fleurs, qui meurent pour renaître,
Comme l’eau qui s’écoule, et qu’on voit reparaître.
Tant qu’il existera des sources et des fleurs,
Un luth, un rossignol, un ciel et des couleurs,
Une lueur d’espoir à la tombe ravie,
Une étoile, une terre, il est là ! c’est la vie,
L’âme, le mouvement, la lumière, le feu :
C’est la sève du monde et l’essence de Dieu,
L’expression de tout, son principe et sa cause :
C’est la pensée humaine à son apothéose.

Plus de chants pour l’amour ! ai-je ose murmurer.
Eh ! que nous reste-t-il alors à célébrer ?
Si des sources du ciel les merveilles fécondes,
Vont concentrer en lui les trésors de leurs ondes :
Si c’est l’amour enfin qui devient l’univers :
Que puis-je, et quel sujet peuvent tenter mes vers ?
Je ne fais que changer les termes du problème :
Et le mot de l’énigme en est une lui-même.