Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/142

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


De son regard éteint, froid et silencieux,
Tu glaces les mortels, Déesse au blanc nuage,
Ou bien, Reine, chacun s’écarte à ton passage :
Car l’on croit voir toujours le mépris dans tes yeux.

Comme le nautonier sur sa barque rapide
Se penche lentement, et dans l’onde limpide
D’un grand lac azuré plonge son œil profond,

Ainsi j’ai regardé dans tes noires prunelles,
Hélas ! et je n’ai vu qu’un abîme sans fond,
Une froideur sans fin, des neiges éternelles !





*
*       *



Oh ! que d’amour perdu pendant les nuits d’été !
Que de joyeux instants, fertiles en caresses,
Consumés sans retour dans de vaines ivresses !
Que de courage à bas, que de bonheur gâté !

Dans les spasmes mortels d’une âpre volupté,
Que de talents, hélas ! dans vos molles paresses,
Vous nous avez flétris, sombres enchanteresses,
Chaudes et folles nuits, ô nuits d’impureté !

Que de soleils éteints, que de fraîcheur fanée,
Que de cœurs de Poète — ô morne destinée ! —
Dans vos bras à jamais vous avez engourdis !

Ô vous que j’aimai tant, ô nuits ! pour tant de crimes,
Ô nuits d’amour, ô nuits d’été, je vous maudis !
Nuits de mort, vous faut-il de si nobles victimes ?