Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/177

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
159
FÉLIX JEANTET.


PAYSAGE ANTIQUE




Il est des jours de rêve où d’un poète éteint
Le souvenir chantant sous le front vous bourdonne,
Air démodé, vieil air à qui l’on s’abandonne :
Ma mémoire aujourd’hui parlait grec et latin,

Et, tandis que j’allais en rêvant de Virgile,
Mâchonnant par lambeaux des vers inachevés,
J’ai vu soudain germer aux fentes des pavés
Les vertes floraisons d’une riante idylle.

— C’était la mer d’azur et le blanc Archipel,
Une île, fleur de marbre, étroite et peu profonde,
Comme un bijou serti dans l’anneau bleu de l’onde,
Et — plus bleu que les flots encor — c’était le ciel !

C’était un frais gazon et des grottes ombreuses
Où la source bavarde égrenait ses refrains,
Et, dans l’or cru du jour, sous les astres sereins,
Les fières nudités des Nymphes amoureuses.

Jusqu’à leurs pieds bénis apportant ses baisers,
Le flot, le flot sonore éclaboussait la rive,
Cependant que leurs seins à la pointe rétive
Rayonnaient au soleil de perles arrosés.

Des couplets alternés la vague mélodie
M’arrivait en dansant sur la cime des flots,
Des couplets qu’au lointain chantaient les matelots
Sur les rythmes légers de la molle Lydie ;