Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/247

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JULES FORGET.

 
Soudain, ainsi qu’une ombre errante dans la nuit,
Un oiseau prend son vol lourdement et s’enfuie.

De son aile rasant les taillis, la bécasse
Croule amoureusement : c’est l’heure de la passe.





COMBATS DE CERFS


TABLEAU DE COURBET AU LOUVRE


 

Octobre a mis la gamme entière de ses ors
Sur les bois éclatants de teintes vigoureuses,
Et son âcre parfum accroît les amoureuses
Ardeurs qui s’éveillaient au cœur des vieux dix-cors.

Toute la nuit, dans la clairière, au pied des chênes,
Ont eu lieu tour à tour de furieux combats.
La lutte dure encore, et cependant là-bas
L’aube blanchit déjà les lisières prochaines.

Dans un suprême effort raidissant leur vigueur,
Deux cerfs plus acharnés restent toujours aux prises
Et par le jour naissant leurs fureurs sont surprises ;
Mais les coups inégaux désignent le vainqueur.

Sur son trop obstiné rival, tête baissée,
Il fonce, et, l’étreignant dans ses longs andouillers,
Voudrait, pour en finir, trouer ses flancs souillés
Où pendent des lambeaux sanglants de chair blessée.

L’autre, à demi vaincu, sent ses jambes fléchir,
Et surpris par le choc de cette charge ardente,
L’œil vague, le col lâche et la langue pendante,
Il boit à pleins naseaux l’air pour se rafraîchir.