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HÉLÈNE VACARESCO.


LE PACHA


CHANSON MAHOMÉTANE




Je l’aime ! il a le sang des chrétiens sur sa dague.
Plus fier que l’ouragan qui flagelle la vague,
               Il rit dans le combat hagard ;
Il rit d’un rire amer qui tremble sur sa bouche,
Et l’éclair de ses yeux est cent fois plus farouche
               Que l’éclair bleu de son kandjar.

Je l’aime ! il est plus beau qu’un matin de bataille ;
Devant lui le ciel plane et la terre tressaille ;
               Les rubis aux rayons de feu
Ornent son yatagan si poli qu’une haleine
En ternirait l’éclat, et qu’on soulève à peine
               Dans le fourreau de velours bleu.

Pourtant tu ne sauras jamais que je t’adore,
Jeune pacha vainqueur qui revins à l’aurore
               Sur ton cheval aux fins naseaux ;
La forêt n’entend pas le murmure du seigle,
La mer n’écoute point gémir la source, et l’aigle
               Ne sait pas le chant des oiseaux.




Viens dans la plaine immense où la nuit va descendre,
La gloire du soleil se meurt au fond des cieux,
Les blés, que l’ombre emplit d’une rumeur plus tendre,
Sous les baisers du vent semblent onduler mieux.