Page:Lenoir-Rolland - Poèmes épars, 1916.djvu/38

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Ira-t-il au combat ? Sa douce fiancée
Est là ! Sur son front pâle il pose un long baiser !
Sa bande généreuse a compris sa pensée !…
Tout ce qu’il a de haine est venu l’embraser !

Et puis, il est tombé comme tombe le chêne,
Quand le feu de l’orage a divisé son tronc !
Les vainqueurs, en passant, ne le virent qu’à peine,
Et les pieds des chevaux lui broyèrent le front !

On ne le verra plus, le soir, sur la falaise,
Regarder les flots bleus qui courent sur la mer,
Ni dans les bois obscurs, à cette heure mauvaise,
Où le bandit qui veille a le sourire amer !

Le barde ne doit pas rappeler sa mémoire,
Ni le cyprès funèbre ombrager son tombeau !
Mourir comme il est mort, est-ce là de la gloire ?
Qui sait ? Mais du soldat le sort n’est pas plus beau !

Montréal, 12 juillet 1848.