Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/221

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n’aurait pas été le poète étrange, sensationnel, si personnellement vibrant, aux frémissements d’écorché vif, qui nous fit passer dans les nerfs un frisson d’art inédit, et qui a créé comme une poétique neuve, comme une poésie jusqu’à lui inconnue.

Peut-être, si tous ses malheurs proviennent de son mariage, tout ce qui fit sa personnalité, son originalité, tout ce qui lui assure une place à part dans l’assemblée égalitaire des poètes, peut-être la gloire qui illumine son tombeau, n’ont-ils pas d’autre source que ce même mariage. Verlaine, resté célibataire, eût été un poète estimé, estimable aussi, voilà tout.

Quelle que fût la femme, le mariage pour lui ne pouvait être heureux, ni même possible, quoi qu’il eût dit, notamment dans le fameux poème des Romances sans paroles : « Vous n’avez pas eu toute patience… »

La mauvaise destinée du poète n’est donc pas imputable au choix même de celle qu’il prit pour compagne, mais à l’union conjugale pour laquelle il n’était point fait, à son tempérament excitable, à son exubérance passionnelle, à la déplorable facilité avec laquelle il se laissait entraîner, détourner, embourber dans les chemins mauvais.

Bien des jeunes gens se marient par amour, pour posséder une personne désirée, et qui se refuse à leurs sollicitations sans consécration légale, ou bien par convenances de famille, par intérêt, par calcul, pour garder une situation où la qualité d’homme marié est utile, même exigée, pour posséder un établissement où l’homme doit être accompagné, secondé, ou encore parce qu’on est las de la vie de célibataire, des hôtels meublés, des garçonnières avec des domestiques tyrans, de la gargotte, des maîtresses de hasard, enfin, pour s’établir, avoir un