Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/391

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Mons, 1874.

J’ai réfléchi qu’il vaudra mieux, quand tu me répondras éviter de me parler de mes nouvelles idées, fût-ce pour les approuver. Ce sont matières trop sérieuses pour être traitées par lettres, et d’ailleurs, plus tard, j’aurai bien le temps de t’exposer mes idées.

En attendant, procure-toi un livre excellent, qui t’intéressera même au point de vue historique, et peut-être te subjuguera. Ne crains pas le titre trop modeste « Catéchisme de persévérance », par Monseigneur Gaume.

Tout ce que je puis te dire maintenant, c’est que j’éprouve en grand, en immense, ce qu’on ressent quand, les premières difficultés surmontées, on perçoit une science, un art, une langue nouvelle, et aussi ce sentiment inouï d’avoir échappé à un grand danger.

Je t’en supplie, ne dis à personne que je t’écris ! À personne de façon à ce qu’on ne sache rien de moi, rue Nicolet. Déchire ma lettre, après avoir gardé les vers [de Sagesse]. Garde-moi, vraiment pour toi seul, ces communications. Si on te demande de mes nouvelles, dis que tu sais que je me porte mieux, que je me suis absolument converti à la religion catholique, après mûres réflexions, en pleine possession de ma liberté morale et de mon bon sens. Ça, tu peux le dire hautement. Les gestes ne te démentiront pas. Oh ! cela tu peux le dire, si on t’interroge. Surtout pas de réponse, aucune allusion à cette lettre, ni à ces vers-ci.

Le poème Amoureuse du diable fait partie d’une série dont tu as déjà l’Impénitence finale, et qui contient trois autres petits poèmes. Crimen Amoris — la Grâce — Don Juan Pipé, dont je t’ai, je crois, déjà parlé.

Avec mes nouvelles idées, je ne sais si je donnerai suite à mes projets de théâtre. J’en ai bien envie : j’ai deux beaux sujets, d’ailleurs irréprochables, bien que très hardis, et quelques scènes commencées. L’important n’est pas là.

Au revoir ! Je sais à présent ce que c’est que le vrai courage. Le stoïcisme est une sottise douloureuse, une La Palissade. J’ai mieux ; ce mieux je te le souhaite, mon ami ! D’ailleurs, tu vois que j’entends encore la plaisanterie, je ne suis pas