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PLAISIRS RUSTIQUES

belle pièce des Aïeules, qu’il venait de composer, — on me demanda de fabriquer une saynète dont Sivry écrirait la musique.

Je confectionnai le Rhinocéros, qui fut, par la suite, augmenté, développé pour la scène, et qui alors ne comportait que trois personnages. Un de mes amis, comique amateur, ayant un filet de voix agréable, et accoutumé à débiter, en nos petites soirées, le répertoire de Berthelier, devait remplir le rôle du ténor. Mais notre amateur, représentant de commerce dans une grande maison de soieries de la rue des Jeûneurs, dut se mettre en route inopinément quelques jours avant la représentation. Comment le remplacer ? J’emmenai Verlaine, à une répétition, dans l’atelier Bertaux, Très embarrassé pour combler le vide causé par le départ du voyageur, je dis au poète : « Tu nous aideras, mon vieux, tu liras le rôle, et la répétition pourra avoir lieu quand même, en attendant que je déniche un ténor. » Accepté. Verlaine se présente, prend le rôle, le lit, et, ma foi ! d’une façon si comique, avec des intonations si burlesques, passant de la basse profonde d’un chantre de cathédrale au fausset d’un ventriloque, qu’il déconcerta et stupéfia. C’était un mélange de burlesque froid et de macabre joyeux et impressionnant. Ah ! quel ténor inouï et quel singulier comique ! Mac-Nab, par la suite, me rappela l’allure de Verlaine chanteur d’opérette. Il y avait en lui du clown et du croque-mort. Tous ceux qui assistaient à la répétition, et l’on s’y amusait énormément, peut-être la représentation solennelle fut-elle moins drôle, éclatèrent de rire et complimentèrent l’acteur imprévu. « Vous ressemblez à Grassot ! » dit un peintre nommé Pécrus. Le compliment était gros, Grassot étant alors le comique le plus en vogue du Palais-Royal, le roi des bouffons, avec son célèbre