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PAUL VERLAINE

gnouf ! gnouf ! que Verlaine reproduisait, sans l’imiter, grâce à un rauque hoquet scandant ses mots.

Il faut dire que Verlaine offrait alors la physionomie la plus extraordinaire qui se pût voir. La première fois qu’il s’était présenté chez mes parents, avec sa tête toute rasée, son menton imberbe, ses yeux caves, ses sourcils épais et redressés, ses pommettes mongoliques et son nez camus, ma mère, surprise, avait poussé comme un cri d’effroi : — « Mon Dieu ! me dit-elle, après qu’il fut parti, ton ami m’a fait l’effet d’un orang-outang échappé du Jardin des Plantes ! »

À l’époque de la représentation du Rhinocéros, la barbe avait poussé au menton de Verlaine, ses yeux avaient pris une expression faunesque, son sourire, car il riait beaucoup et largement, agrandissait sa bouche jusqu’aux oreilles, ce qui est d’une irrésistible puissance comique, enfin il affectait, en parlant d’après la méthode banvillesque, de hacher les mots entre les dents, avec l’accentuation de l’index projeté en avant, puis érigé solennellement. Vêtu d’un mac-ferlane fauve, devenu pisseux par l’usage, coiffé d’un long tube noir, sa canne dans la poche, il produisit donc une véritable sensation. Ce début remarqué, sinon remarquable, fut d’ailleurs sans lendemain. Verlaine ne vit même jamais le Rhinocéros sur la scène.

Parmi les assistants, serrés sur les chaises garnissant l’atelier Bertaux, figurait au grand complet la famille Mauté, invitée comme faisant partie des notabilités montmartroises. La jeune Mathilde Mauté, la demi-sœur de Charles de Sivry, était présente. Ce fut la première fois qu’elle aperçut son futur époux. Lui, ne fit sans doute guère attention à cette petite fille, alors classée parmi les insignifiantes, perdue dans la foule, et dont personne ne