Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/146

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et plaisir ce soir-là, Mais un jeune cœur était destiné à recevoir un nouveau chagrin dont, jusque-là, il avait été exempt.

Antoinette venait de danser la première danse avec son mari, et tous deux se promenaient à pas lents autour de la chambre. Tout-à-coup, Audley lui dit brusquement :

— Étais-tu sérieuse, hier soir, lorsque tu m’as annoncé qu’il ne t’était pas possible de dire combien de temps tu resterais à Valmont ?

La réponse fut prononcée d’une voix si faible, qu’il la devina plutôt qu’il ne l’entendit. Ce fut avec irritation qu’il répliqua :

— Je te déclare qu’une absence aussi prolongée et aussi incertaine est plus que je ne puis souffrir patiemment. Si elle est possible pour toi, elle ne l’est pas pour moi ; de sorte qu’avant peu j’irai te voir à Valmont.

— Et qu’est-ce que papa dira de cela ? demanda-t-elle, alarmée.

— Il n’en saura rien. Je puis aller à Valmont sous un nom d’emprunt et descendre à quelque auberge ou quelque ferme près du Manoir. Tu n’auras rien autre chose à faire qu’à diriger tes promenades dans cette direction.

— Audley ! Audley ! je ne dois pas, je n’ose pas faire cela. Les yeux avides et les mauvaises langues des commères feraient bientôt connaître nos rencontres, non-seulement à papa, mais encore à tout le monde.