Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/208

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laquelle le langage du reproche était si nouveau, sans même prendre garde à la rapidité terrible avec laquelle s’affaiblissait son influence morale sur elle.

L’heure douloureuse du réveil au sentiment de la réalité était enfin arrivée pour elle. Après une longue et silencieuse rêverie, — pendant laquelle tous les petits événements, tous les moindres épisodes qui avaient marqué ses relations avec Audley depuis leur première rencontre jusqu’à la promenade de ce jour-là se présentèrent à son esprit, — elle joignit tout-à-coup les mains, et, avec une angoisse indicible :

— Hélas ! mon Dieu ! je ne l’aime pas ! murmura-t-elle.

Quel terrible, mais quel inutile aveu dans la bouche d’une nouvelle mariée !

Et cependant, quels abîmes de misère plus profonds l’environnaient encore ! Comme elle aurait dû prier Dieu, le matin et le soir, de l’en préserver ! Ce danger, c’était d’aimer un autre que celui qui était maintenait son mari. Oui, quoique son affection, ou plutôt, sa préférence pour Audley se fût évanouie comme tombe le brouillard au matin d’un beau jour, elle lui devait fidélité, et tous les sentiments de son cœur, de droit lui appartenaient, à lui.

Ah ! une voix intérieure lui avait-elle conseillé d’éviter désormais le colonel Evelyn comme s’il eût été son plus mortel ennemi ? lui avait-elle fait voir que cette fière nature qui avait eu sur elle une si étrange