Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/227

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Le temps passait lentement, et Antoinette était toujours immobile, en proie aux émotions et aux chagrins qui l’assiégeaient.

Qui pourrait décrire ou peindre sa profonde douleur ? L’entière connaissance qu’elle avait de l’indignité de Sternfield ; la certitude, qui avait donné un coup si violent à ses sentiments de femme, que son mari l’avait recherchée et gagnée — et son visage devenait brûlant lorsqu’elle se rappelait avec quelle facilité il en était venu à bout — pour des motifs d’intérêt sordide ; la pensée qu’elle avait trompé un père aussi bon, aussi indulgent que le sien ; celle de sa propre faiblesse : tout cela la faisait souffrir horriblement. Mais ce qui lui occasionnait une douleur plus forte peut-être que toutes les autres, c’était le souvenir du précieux trésor qu’elle avait perdu dans l’amour du colonel Evelyn, ce cœur brave et sincère avec ses affections nobles et généreuses, cette puissante intelligence, cette nature d’élite en un mot qui aurait pu être à elle, à elle seule, et que maintenant elle ne pouvait plus posséder ! Combien lui paraissait dès lors méprisable le naïf sentiment d’admiration qu’elle avait éprouvé pour la belle figure et les manières agréables du major Sternfield, et que, dans sa vanité, elle avait qualifié du titre d’amour !

C’étaient de bien tristes pensées pour une femme qui, comme elle, faible et environnée de tentations, n’avait pour la garantir contre le mal qu’une petite