Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/229

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pendant que la jeune fille se relevait. J’avais espéré que tu dormirais ; pourquoi n’es-tu pas encore couchée ?

— Il faut que je prenne auparavant la panacée de Jeanne, répondit-elle avec un sourire plein de tristesse.

Madame d’Aulnay, qui aimait beaucoup sa jeune cousine, examina bien sa contenance pendant un moment ; puis, passant ses bras autour de son cou et l’attirant à elle :

— Hélas ! dit-elle, cette tisane ne guérit pas les maux de l’âme. C’est ce Sternfield qui te rend aussi malheureuse : décidément je commence à le détester. La pensée que tu es unie à lui pour la vie m’afflige énormément, maintenant surtout que j’ai la secrète conviction que ce charmant misanthrope d’Evelyn t’aime.

— Prêtes moi un instant d’attention, s’écria tout-à-coup la jeune fille en prenant une dignité qui confondit pour un moment sa frivole cousine. Par tes conseils et tes sollicitations tu m’as fait faire une action terrible, une action qui sera le malheur de toute ma vie. Je ne dis pas cela pour te faire des reproches, car, hélas ! je suis encore plus coupable que toi ; mais pour te rappeler que tu as contribué à amener l’état misérable où je suis. C’est te dire de t’arrêter et de ne pas me faire descendre plus avant dans le mal et dans les chagrins. Ne prononce plus le nom du colonel Evelyn en ma présence, et par-dessus tout, ne me dis plus, à moi mariée, que je suis aimée par lui ou par