Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/230

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un autre, quel qu’il soit. De plus, quand tu parleras de Sternfield, si tu ne peux pas le faire en termes d’amitié, emploie au moins ceux de la courtoisie, car il est mon mari. Oh ! Lucille, si tu n’es pas capable d’alléger un peu le fardeau de ma croix, ne cherches pas au moins à le rendre plus pesant qu’il est.

— Tu es un ange, Antoinette ! s’écria avec enthousiasme madame d’Aulnay, touchée par ce qu’elle appelait le sublime héroïsme de sa cousine.

Pour les vertus ordinaires d’une bonne femme de ménage elle n’avait que très-peu de respect, elle ne les souffrait même que difficilement ; mais pour tout ce qui touchait au merveilleux, elle avait une grande admiration.

— Oui, mon enfant, continua-t-elle, tous tes nobles désirs, héroïques dans leur sublime abnégation, seront une loi pour moi. Et après tout, ajouta-t-elle pensivement, il vaut peut-être mieux que Sternfield t’éprouve aussi impitoyablement qu’il le fait. Tu sais qu’un écrivain français moderne a dit que, dans le mariage, après l’amour la haine ; que toutes les situations valent mieux que cette indifférence terriblement monotone dans laquelle vivent certains époux l’un vis-à-vis de l’autre, et sous l’influence de laquelle la vie devient une rivière couverte d’une glace épaisse, sans une vague ou une brise légère qui vienne en briser la surface. Mieux vaut l’éclat de la tempête, les ravages de l’ouragan…