Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/260

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

m’avez fait beaucoup de mal, vous avez détruit le reste de confiance que j’avais dans la foi et la bonté de la femme, vous avez tari en mon cœur les sources de sympathies qui s’y trouvaient, vous avez changé en une affreuse misanthropie le reste de ma triste vie.

— Oh ! pardonnez-moi, colonel Evelyn, pardonnez-moi ! Et la malheureuse enfant crut qu’en ce moment elle aurait volontiers fait le sacrifice de sa vie pour lui épargner la moindre souffrance,la plus légère douleur.

Mais il continua impitoyablement :

— Plus profond est mon amour comparé avec celui des autres hommes, plus grand est mon ressentiment contre celle qui s’est moquée jusqu’au dédain de cet amour. Oh ! quel trésor d’affection n’ai-je pas prodigué à une idole qui en était indigne !

— J’ai eu tort ! reprit-elle. Mais, colonel Evelyn, coupable dans le sens que vous supposez, je ne le suis pas en réalité. De grand cœur je donnerais dix années de cette misérable existence qui reste devant moi, pour que vous fussiez persuadé de mon innocence ; mais au moins j’ai la suprême consolation de savoir que si cette innocence ne peut pas être prouvée en ce monde, il y en a un autre, et bien meilleur, où vous saurez la reconnaître.

Evelyn regarda pendant un instant ces yeux où brillait la franchise, ce joli front qui respirait la candeur ; puis, détournant rapidement les yeux :

— Jeune fille ! s’écria-t-il, demandez au ciel qu’il