Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/306

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Sternfield laissa tomber sur lui un regard plein d’arrogance.

— Entendez-vous, Antoinette, répéta-t-il, est-ce que vous danserez la prochaine avec moi ?

— De grâce, mademoiselle de Mirecourt, n’oubliez pas que nous avons un engagement, interrompit Louis avec une fermeté encore plus prononcée que la première fois.

Pleine d’angoisse et de perplexité, Antoinette promenait de l’un à l’autre ses regards suppliants. La contenance de Louis était fière et indiquait une forte détermination ; le front de Sternfield était comme le marbre, aussi froid et aussi inflexible.

Se baissant encore une fois vers sa jeune femme et lui parlant à voix basse :

— Je jure, dit-il d’un ton menaçant, que si tu me laisses de côté pour cet imbécile, je lui donnerai de mon fouet pour être venu s’interposer entre moi et mes désirs.

Cette menace, indigne d’un homme, était digne de lui, et elle eut son effet ; car Antoinette, craignant non-seulement l’insulte dont Audley venait de faire la menace, mais encore plus l’implacable satisfaction qui, elle en avait la certitude, en serait la suite, se retourna, pâle de terreur, vers le jeune Beauchesne.

— Êtes-vous prête, mademoiselle de Mirecourt ? demanda ce dernier ; je ne veux pas vous presser, mais les danseurs commencent à prendre leurs places.

Sternfield ne fit aucune autre observation ; un souri-