Page:Leprohon - Armand Durand ou la promesse accomplie, trad Genand, 1869.djvu/208

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son mariage. Courte et froide, elle commençait par exprimer du chagrin de ce que son neveu avait montré si peu de respect pour la mémoire de son père en se mariant presque immédiatement après sa mort, et cela, sans même dire un mot de son intention à aucun membre de sa famille ; puis elle déplorait le singulier et malencontreux choix qu’il avait fait. Ah ! c’était le côté faible par lequel il avait blessé sa tante Ratelle : lui qui avait reçu une éducation qui lui permît de chercher pour femme une demoiselle, une fille d’intelligence et de haute naissance s’être, au contraire, marié avec une couturière ! c’était affreux. Elle terminait en intimant brièvement que malgré qu’elle consentirait peut-être à l’avenir à le voir lui-même, elle n’avait pas le moindre désir de faire la connaissance de sa femme.

Comme on doit le présumer, la lecture de cette épître n’était pas de nature à égayer les esprits du jeune homme ou à chasser une ligne de souci qui commençait déjà à se faire remarquer sur son jeune front. Après avoir replacé dans son pupitre la lettre qui avait été moins qu’une agréable diversion aux sombres pensées qui l’assaillaient, il retomba dans sa rêverie. Il en fut réveillé par l’horloge qui sonnait dans l’appartement voisin et qu’on entendait parfaitement à travers la mince cloison ; il reprit vivement sa plume afin de réparer le temps perdu.

Au bout d’une demi-heure à peu près, la porte s’ouvrit et sa jeune femme entra. Elle