Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/195

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— Je dois songer avant tout, dit le docteur, aux intérêts de ces orphelines que je connais depuis leur enfance. Si cet homme (il désignait du geste le roi) n’est pas un fourbe, il ne refusera pas de remettre en mains sûres les 6 000 dollars qu’on lui a confiés.

— Hélas ! répliqua le roi d’un ton vraiment navré, je regrette plus que personne que mes nièces n’aient pas gardé cet argent dont mon frère et moi leur avions cédé notre part. Cet argent, je ne l’ai plus — il a disparu.

— Disparu ? Allons donc !

— Oui ; je l’avais caché dans ma paillasse, jugeant inutile de le déposer dans une banque pendant les quelques jours que nous avions à rester ici. On nous l’a volé.

— Qui donc l’a volé ?

— Les nègres.

— Quels nègres ?

— Ceux que j’ai vendus. Je ne me suis aperçu du vol que le lendemain de leur départ. Mon domestique est là, vous pouvez l’interroger.

Le docteur haussa les épaules.

— Vous avez vu les nègres emporter cet argent ? me demanda-t-il.

— Non, répliquai-je. J’ai seulement dit à M. Harvey qu’ils sont sortis de sa chambre en ayant l’air de se cacher. Je n’en sais pas davantage.

— Et vous, reprit le docteur en s’adressant au roi, vous n’avez pas songé tout d’abord à prévenir vos nièces, à porter plainte contre ceux que vous soupçonniez ?

— Si, j’y ai si bien songé que j’ai écrit au shérif ; mais vous n’ignorez sans doute pas qu’il est absent. À quoi bon, du reste ? Ceux qui ont acheté les nègres devaient déjà être loin, chacun de leur côté, et mon intention était de dédommager amplement mes nièces.

On avait beau lui adresser question sur question, il trouvait réponse à tout. Quant à l’autre Harvey Wilks, il prenait la chose très tranquillement. Il déclara qu’il ne refuserait pas de répondre à un magistrat,