Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/25

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tiques et une poupée. La vieille sous-maîtresse nous fit tout lâcher ; elle tomba sur nous à coups de parapluie et nous n’en fûmes pas quittes à trop bon marché.

— Avec tout ça, dis-je à Tom, je n’ai pas vu un seul diamant.

— Il y en avait des masses, répliqua-t-il, et des Arabes et des dromadaires aussi.

— Pourquoi ne les avons-nous pas vus alors ?

— Si tu avais lu les Aventures de Don Quichotte, tu saurais pourquoi. C’est la faute des enchanteurs. Les soldats, les mules et le reste étaient là ; mais les magiciens ont transformé la caravane en école du dimanche, par pure méchanceté.

— Il fallait nous en prendre à eux, au lieu d’effrayer les filles.

— Allons donc ! me répondit Tom. Ils auraient appelé à leur aide des génies qui nous écrabouilleraient rien qu’en levant le doigt. Si nous avions pu faire venir d’autres génies pour rosser les premiers, je ne dis pas.

— Comment les magiciens les font-ils venir ? demandai-je.

— Dans les Mille et une Nuits, quand vous avez besoin d’un génie, vous frottez une vieille lampe d’étain ou une bague de fer. Alors le génie arrive au milieu d’un nuage de fumée, et se met à vos ordres. Si vous lui commandez de bâtir avec des diamants un palais de quarante milles de long, de le remplir de bonnes choses et d’y amener la fille de l’empereur de Chine, parce que vous voulez vous marier avec elle, il faut qu’il le fasse avant le coucher du soleil. Bien plus, il est obligé de transporter le palais d’un bout du pays à l’autre, si vous lui en donnez l’ordre.

— Eh bien, je le trouve bête de ne pas garder le palais pour lui. Je ne serais pas assez sot pour planter là ma besogne et courir après un individu, tout bonnement parce qu’il a frotté une vieille lampe ou un anneau de fer.

— Tu serais obligé de venir dès qu’il aurait assez frotté ; c’est dans le livre.