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de Fernand Mendez Pinto.

der les quatre Hupes qui nous gardoient, diſant qu’il nous deuoit ſuffire de nous en aller demander l’aumoſne par la ville, ainſi que le Chifuu nous l’auoit commandé, où qu’autrement ils nous rameneroient au vaiſſeau. Mais ils ne diſoient cela que pour l’intereſt qu’ils y pretendoient à cauſe qu’il leur venoit la moitié des aumoſnes qu’on nous faiſoit, comme i’ay dit en vn autre endroit, de ſorte qu’ils firent ſemblant tout auſſi-toſt de nous vouloir ramener au nauire ; ce que voyant cette femme, ie vous entends, leur dit-elle, & voy bien que vous ne voulez rien perdre de voſtre droict ; auſſi eſt-il bien raiſonnable, puiſque vous n’auez point d’autres profits que ceux-là. A l’heure meſme elle mit la main à la bourſe, & leur donna deux Taeis d’argent ; dequoy ils demeurerent fort contents. Ainſi auec la permiſſion du Chifuu elle nous mena à ſa maiſon, & nous y retint durant les cinq iours que nous demeuraſmes là, nous faiſant continuellement beaucoup de careſſes & nous y traittant auec beaucoup de charité. Là elle nous monſtra vn oratoire, où elle auoit vne croix de bois doré, enſemble des chandeliers, & vne lampe d’argent. En ſuite de cela elle nous diſt qu’elle ſe nommoit Inez de Leyria, & ſon pere Tomé Pirez, lequel du Royaume de Portugal auoit eſté enuoyé pour Ambaſſadeur vers le Roy de la Chine ; & que pour vne rebellion qu’vn Capitaine Portugais auoit faite à Canten, les Chinois le prenant pour vn eſpion non pour vn Ambaſſadeur, tel qu’il ſe diſoit eſtre, l’auoient arreſté priſonnier, & deux hommes auec luy, d’où il s’eſtoit enſuiuy que par l’ordonnance de la Iuſtice cinq d’entr’eux auoient eu la queſtion, & tant de coups de foüet qu’ils en eſtoient morts à l’inſtant ; que pour le regard des autres ils auoient eſté bannis en diuers lieux, où ils eſtoient morts mangez des poulx ; Que neantmoins il y en auoit vn encore viuant, qui ſe nommoit Vaſco Caluo, natif d’vn lieu de noſtre païs nommé Alcouchete. Ce qu’elle confirmoit auoir ouy dire pluſieurs fois à ſon Pere, non ſans en reſpandre des larmes à chaque fois qu’il en parloit ; Qu’au demeurant ſon pere ayant eſté banny en ce lieu, il s’y eſtoit marié auec ſa mere qui pour lors auoit quelque peu de bien,