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Voyages Aduentureux

& l’auoit faite Chreſtienne, dont l’vn & l’autre auoit touſjours veſcu fort Chreſtiennement par l’eſpace de vingt-ſept ans, qu’ils auoient eſté enſemble, conuertiſſant pluſieurs Gentils à la foy de Ieſus Chriſt, dont il y en auoit encore plus de trois cent dans la ville qui s’aſſembloient tous les Dimanches dans ſa maiſon pour y faire le Catechiſme ; ſur quoy luy ayant demandé quelles eſtoient leurs prieres accouſtumées, elle reſpondit qu’ils n’en faiſoient point d’autres ſinon que toute l’aſſemblée ſe mettoit à genoux deuant la croix, leuant les yeux & les mains vers le Ciel, & diſant : Seigneur Ieſus-Chriſt, comme il eſt veritable que tu es le vray fils de Dieu, conceu parle S. Eſprit au ventre de la vierge Marie, pour le ſalut des pecheurs, ainſi pardonne nous nos offences, afin que nous meritions de voir ta face en la gloire de ton Royaume où tu es aßis à la dextre du Tres haut. Noſtre pere qui es aux Cieux, ſanctifié ſoit ton nom ; Au nom du Pere, & du Fils, & du S. Eſprit, Amen. Et tous baiſans la croix ainſi s’embraſſoient les vns les autres, & apres cela s’en retournoient chacun chez ſoy. En ſuite de cela elle nous dit ; que de cette façon ils viuoient tous dans vne conformité d’amitié mutuelle ſans que la haine euſt place entr’eux en aucune façon que ce fuſt. A ces choſes elle adjouſta, que ſon pere luy auoit laiſſé pluſieurs autres Oraiſons par eſcrit, que les Chinois luy auoient deſrobées, tellement qu’il ne luy eſtoit reſté autre chose, à ſçauoir, que ce qu’elle nous auoit dit. A ces paroles nous reſpondiſmes, que ce que nous luy auions ouy dire eſtoit fort bon, mais qu’auparauant que partir nous luy laiſſerions pluſieurs autres Oraiſons tres-belles & fort ſalutaires ; faites-le donc, nous reſpondit-elle, pour le reſpect que vous deuez à vn Dieu ſi bon que le voſtre, & qui a tant fait de choſe pour vous, pour moy, & pour tous generalement. Alors nous ayant fait couurir vne table, elle nous donna à diſné fort abondamment, & en fiſt de meſme durant les cinq iours que nous demeuraſmes dans ſa maiſon. Ce que le Chifuu nous permiſt en conſideration d’vn bon preſent que cette Dame enuoya à ſa femme, qu’elle pria tres-inſtamment de faire en ſorte auec ſon mary qu’il nous traittaſt bien, pource que