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de Fernand Mendez Pinto.

pouuoit treuuer contre, en vne ſi grande neceſſité, l’Hiſtoire dit qu’elle tint encore vne fois conſeil, & que declarant publiquemẽt aux ſiens l’extréme crainte qu’elle auoit, elle leur demanda derechef ce qui leur en ſembloit ; mais qu’ils s’en excuſerent alors, diſant Qu’à n’en point mentir ils recognoiſſoient n’auoir point le iugement aſſez bon pour ſe reſoudre en peu de temps ſur ce qu’elle demandoit ; ce qui fut cauſe que ſelon leur ancienne couſtume les ordonnances furent iettées au ſort, afin que celuy à qui il arriueroit de pouuoir parler, diſt librement ce que Dieu luy inſpireroit. Pour cét effet ils prirent trois iours de temps, pendant lesquels à forco de ieunes, de cris & de larmes, ils demanderent tous à haute voix ſecours & faueur au puiſſant Seigneur, en la main duquel eſtoit le certain remede qu’ils pretendoient. Ainſi Nancaa s’eſtant reſoluë auec les ſiens de ſuiure cét aduis, qui pour lors fut treuué le meilleur de tous, elle fiſt publier que ſur peine de la mort, aucune personne n’euſt à manger qu’vne ſeule fois durant trois iours, afin que par cette abſtinence du corps l’eſprit fut porté d’vne plus grande attention enuers Dieu.




Des autres choſes qui s’enſuiuirent de cette affaire lors que le ieuſne fut acheué, & de ce qui fut fait depuis.


Chapitre XCIII.



Les trois iours de cette abſtinence eſtant paſſez, l’on ietta cinq fois le ſort & tous les cinq tomberent ſur vn petit garçon aagé de ſept ans, qui s’appelloit Silau comme le Tyran qu’ils redoutoient. Ils demeurerent tous confus & triſtes, pour eſtre aſſeurez qu’en toute leur armée il n’y en auoit pas vn autre de meſme nom. Apres qu’ils eurent fait leurs ſacrifices auec toutes les ceremonies accouſtumées, de muſique, parfums & ſenteurs odoriferantes pour rendre graces à Dieu, ils commanderent au petit garçon de leuer les mains vers le