Page:Lettre aux citoyens de couleur et nègres libres de Saint-Domingue, et autres isles françoises de l’Amérique.djvu/8

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une foule de députés, dont plusieurs planteurs, s’empressèrent de crier que l’article vous enveloppoit dans sa généralité ; et M. Barnave lui même, qui me l’avoit dit, cédant à mes interpellations multipliées, vient enfin d’en faire l’aveu à la face de l’assemblée. N’avois-je pas raison de craindre qu’une interprétation perverse ne travestit nos décrets ? Des vexations nouvelles, à votre égard, et vos maux portés à leur comble, n’ont que trop justifié mes appréhensions. Les lettres que j’ai reçues de vous à ce sujet ont fait couler mes larmes. La postérité s’étonnera, s’indignera peut-être que pendant cinq jours consécutifs on ait débattu votre cause, dont la justice est portée à l’évidence. Hélas ! quand l’humanité est réduite à lutter contre la vanité et le préjugé, son triomphe est une pénible conquête !

Depuis long-temps la société des amis des noirs s’occupoit des moyens d’adoucir votre sort et celui des esclaves ; il est difficile, impossible peut-être, de faire impunément le bien, et son zèle respectable lui a mérité bien des outrages, Des hommes vils se cachoient sous l’anonyme, pour lancer sur elle leur venin ; et dans d’impudens libelles,