Page:Liskenne, Sauvan - Bibliothèque historique et militaire, Tome 1, 1835.djvu/46

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n’aient jamais voulu avouer cette défaite.

Quant aux Spartiates, ils en ressentirent bientôt les suites inévitables. Plusieurs villes de la Grèce, qui jusqu’alors étaient restées neutres, se déclarèrent pour les Thébains et augmentèrent leur armée. Elle était de soixante mille hommes lorsqu’ils entrèrent dans la Laconie et se présentèrent devant Sparte ; mais Agésilas, le seul homme de la Grèce en état de lui résister, sut les arrêter à propos, et par son activité courageuse, paralysa les projets d’Épaminondas.

Trompé dans sa marche sur Sparte, ce général résolut de frapper un coup décisif ; et sachant que pour protéger la ville on avait retiré toutes les troupes de Mantinée, il s’achemina sans délai vers cette dernière ville qu’il se flattait de surprendre. Les Lacédémoniens le prévinrent encore, et avec vingt mille fantassins et deux mille chevaux, se présentèrent devant l’armée thébaine composée de trente mille hommes et de trois mille cavaliers.

Épaminondas conservait dans sa marche l’ordre de bataille qu’il avait donné à ses troupes pour le combat. Afin de n’être point obligé de perdre un temps précieux lors de la rencontre de l’ennemi, il ne marchait point de front, mais se dirigea en colonnes vers les hauteurs qu’occupa son aile gauche. Quand il fut à un quart de lieue de distance, il fit faire halte et rangea son armée comme s’il eût dessein de camper dans cet endroit. Les ennemis, dupes encore une fois, mirent bas les armes et se dispersèrent autour du camp.

Épaminondas profita de cette faute (363 av. not. ère). Il rompit ses colonnes pour se mettre en bataille ; mais comptant peu sur ses alliés qui composaient une partie de son armée, il fit ses dispositions pour combattre seulement avec l’infanterie thébaine et la cavalerie thessalienne qui formaient son aile droite. Il voulait décider la victoire avec les troupes choisies qu’il commandait en personne et qu’il avait rangées sur une colonne à laquelle il donna la forme d’un coin. De cette manière, il allait fondre sur les Lacédémoniens avec un seul corps extrêmement serré et dans lequel étaient ses meilleurs soldats, tandis que le reste de son infanterie devait demeurer toujours hors de la portée du trait.

La cavalerie des Lacédemoniens occupait la droite, rangée en bataille sur autant de profondeur que la phalange des hoplites, et sans qu’il y eût de fantassins mêlés entre ces différentes troupes. Épaminondas au contraire, dont le but était de faire un grand effort, forma ses escadrons en triangles et jeta dans leurs intervalles des soldats armés à la légère, persuadé que toute la cavalerie ennemie prendrait la fuite dès que le premier rang serait renversé. Mais dans la crainte d’être inquiété pendant l’action par la cavalerie des Athéniens qui tenait la droite des ennemis, il posta la cavalerie de son aile gauche sur une petite éminence, de manière à la surveiller.

Ces dispositions étant ainsi combinées[1], la gauche et le centre restèrent en arrière, et toute l’armée fit une conversion à laquelle l’extrémité de l’aile gauche de l’infanterie servit de pivot. Dès lors la droite de l’armée devint la tête de la colonne et arriva précisément vers le centre de l’armée ennemie, composé en entier de Lacédémoniens, au moment où la conversion fut à peu près aux trois quarts. C’était le point qu’Épaminondas avait résolu d’attaquer, bien convaincu, s’il réussissait à l’enfoncer, de ne plus trouver aucune résistance dans le reste de l’armée. Pendant cette manœuvre, la

  1. Voyez l’ATLAS.