Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/162

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en sautoir, rayonnant de rouges faisceaux, plane et protège. D’immenses banderoles au fronton, au beffroi, claquent, pour envoyer le salut à la France. Cent bataillons rangent devant l’Hôtel-de-Ville leurs baïonnettes que le soleil égaie. Ceux qui n’ont pu pénétrer s’allongent sur les quais, rue de Rivoli, boulevard de Sébastopol. Les drapeaux groupés devant l’estrade, la plupart rouges, quelques-uns tricolores, tous cravatés de rouge, symbolisent tous l’avènement du peuple. Pendant que les bataillons se rangent, les chants éclatent, les musiques sonnent la Marseillaise et le Chant du Départ, les clairons lancent la charge, le canon de la Commune de 92 tonne sur le quai.

Le bruit s’arrête, on écoute. Les membres du Comité Central et de la Commune, l’écharpe rouge en sautoir, viennent d’apparaître sur l’estrade. Ranvier : « Le Comité Central remet ses pouvoirs à la Commune. Citoyens, j’ai le cœur trop plein de joie pour prononcer un discours. Permettez-moi seulement de glorifier le peuple de Paris pour le grand exemple qu’il vient de donner au monde. » Un membre du Comité Central, Boursier, le frère du petit tué rue Tiquetone, en 52 : « L’enfant avait reçu deux balles dans la tête », proclame les élus. Les tambours battent au champ. Les musiques, deux cent mille voix reprennent la Marseillaise, ne veulent pas d’autre discours. À peine si Ranvier, dans une éclaircie, peut jeter : « Au nom du peuple, la Commune est proclamée ! »

Un seul cri répond, fait de toute la vie de deux cent mille poitrines : « Vive la Commune ! » Les képis dansent au bout des baïonnettes, les drapeaux fouettent l’air. Aux fenêtres, sur les toits, des milliers de mains agitent des mouchoirs. Les coups précipités des canons, les musiques, les clairons, les tambours, se fondent dans une formidable communion. Les cœurs sautent, les yeux brillent de larmes. Jamais, depuis la Fédération de 1790, les entrailles de Paris ne furent aussi fortement secouées ; les pires gens de lettres qui écrivirent la scène eurent un instant de foi.

Le défilé fut mené très habilement par Brunel qui sut faire entrer les bataillons du dehors brûlant d’acclamer la Commune. Devant le buste de la République,