Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/31

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Garibaldi présida. L’Internationale tenait en ce moment à Lausanne son deuxième congrès et les ouvriers allemands, au contraire des étudiants de Berlin, lui avaient envoyé une chaleureuse adresse contre la guerre. Le congrès de Genève convoqua celui de Lausanne ; il arriva, parla d’un nouvel ordre qui arracherait le peuple à l’exploitation du capital, accapara à tel point la discussion que des républicains, délégués de Paris au congrès d’alliance, — dont Chaudey, l’un des exécuteurs testamentaires de Proudhon, — offrirent aux ouvriers l’alliance de la bourgeoisie libérale pour l’affranchissement commun. Ils acceptèrent et le congrès se termina par une Ligue de la Paix.

Deux mois après, le canon parle devant Rome. Garibaldi s’est jeté dans les États pontificaux où il se brise à Mentana contre les troupes françaises envoyées par l’impératrice et Rouher. Le général de Failly qui les commande sut accroître la haine des patriotes italiens en télégraphiant aux Tuileries : « Les chassepots ont fait merveille. » Mais si Napoléon III a pu refaire encore la France soldat du pape, la démocratie française est toujours la revendicatrice de l’idée comme en 49. Cinq jours avant Mentana on crie : « Vive l’Italie ! vive Garibaldi ! » devant Napoléon III et l’empereur d’Autriche qui sortent d’un banquet à l’Hôtel-de-Ville. Le 2 novembre, la foule, au cimetière Montmartre, entoure la tombe de Manin, le grand défenseur de Venise. Pour la première fois, les ouvriers remplissent les boulevards. Quelques heures après l’occupation de Rome une délégation que mène l’internationaliste Tolain somme les députés de la Gauche de se démettre en masse. Jules Favre la reçoit, proteste contre la forme, et, à ces ouvriers qui lui disent : « Si le prolétariat se lève pour la République, peut-il compter sur l’appui de la bourgeoisie libérale, comme il a été convenu il y a deux mois à Genève ? » Jules Favre répond : « Messieurs les ouvriers, vous seuls avez fait l’Empire, à vous seuls de le défaire. » Jules Favre affectait d’oublier que l’Empire fut engendré par l’Assemblée de 48 dont il s’était fait le procureur. L’aversion des ouvriers révolutionnaires persistait chez les hommes de 1848. Leurs cadets étaient de cœur aussi fermé :