Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/442

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malheureux qu’il condamnait. Tout appel à la justice, au bon sens était pour lui une injure. « Il eût été heureux, disait-il, de faire cuire les avocats avec les accusés, »

Et cependant, combien peu d’avocats faisaient leur devoir. La plupart déclaraient quon ne pouvait décemment assister de tels prévenus. D’autres voulaient qu’on les requit. À part quatre ou cinq exceptions, Dupont de Bussac, Laviolette, Bigot qui mourut à la barre, les défenseurs festinaient avec les officiers. Avocats et commissaires se communiquaient leurs moyens d’attaque et de défense. Les officiers annonçaient d’avance les jugements. L’avocat Riche se vantait d’avoir rédigé le premier acte d’accusation de Rossel. Les avocats nommés d’office ne répondaient pas à l’appel.

Ces juges ignorants, fanfarons de violence, insultant accusés, témoins et avocats, étaient dignement secondés par les commissaires. Grimal vendait aux journaux de filles les papiers des accusés célèbres, et fut plus tard condamné à cinq ans de prison ; Douville, célèbre pour ses réquisitoires implacables, reçut vingt ans de travaux forcés pour faux, vols, escroqueries. Gaveau, niais et furibond, dut être réintégré dans une maison de fous ; Bourboulon visait aux effets oratoires ; Barthélémy, buveur de bière blond et joufflu, faisait des calembours en demandant la tête des accusés ; Charrière, encore capitaine à cinquante ans, disait qu’il avait « fait vœu de cruauté à César » ; Jouesne, célèbre dans l’armée pour sa bêtise, se rachetait par son acharnement. Il n’en fallait pas beaucoup auprès de tels conseils. Les plus intraitables en masses furent le 3e, le 4e, le 6e et le 13e à Saint-Cloud, qui se vantait publiquement de n’acquitter personne.

Tels furent les juges et la justice que la bourgeoisie donna aux prolétaires qu’elle n’avait pas mitraillés. Je voudrais suivre pas à pas ces houzardailles judiciaires, prendre un à un les procès, montrer les lois violées, les règles de procédure les plus élémentaires méprisées, les pièces falsifiées, les témoignages tordus, les accusés condamnés au bagne et à la mort sans l’ombre d’une preuve pour un jury sérieux, le cynisme