Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/64

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Un seul engagement sérieux eut lieu le 30 à Chevilly où, après un avantage, nous reculâmes abandonnant une batterie faute de renforts et d’attelages.

Le public crut à un succès, toujours mystifié par cette presse qui avait crié : « À Berlin ! » mais deux tocsins sonnent : Toul et Strasbourg ont capitulé. Flourens, très populaire à Belleville, donne le branle. N’écoutant que sa fièvre, il appelle les bataillons du quartier et descend, le 5 octobre, à l’Hôtel-de-Ville, réclame la levée en masse, la sortie, les élections municipales, le rationnement. Trochu qui, pour l’amuser, l’avait affublé du titre de major de rempart, lui fit une belle conférence et parvint à l’éconduire. Comme des députations affluaient, demandant que Paris eut voix à la défense, nommât son conseil, sa commune, le Gouvernement finit par dire que sa dignité lui défendait de céder. Cette morgue fit le mouvement du 8. Le Comité des vingt arrondissements protesta par une affiche énergique. Sept à huit cents personnes vinrent crier : Vive la Commune ! sous les fenêtres de l’Hôtel-de-Ville. La masse n’en était pas encore à perdre la foi. Un grand nombre de bataillons trochéens accoururent. Le Gouvernement les passa en revue et déclara les élections impossibles, attendu, raison irréfutable, que tout le monde devait être au rempart.

Le gros public gobait avidement ces bourdes. Le 16, Trochu ayant écrit au compère Étienne : « Je suivrai jusqu’au bout le plan que je me suis tracé, » les badauds reprirent le refrain d’août sur Bazaine : « Laissons-le faire, il a son plan. » Les agitateurs furent pour le gogo couramment des Prussiens, car Trochu, en bon jésuite, n’avait pas manqué de dire, répétant sa proclamation d’ouverture : « un petit nombre d’hommes dont les vues coupables servent les projets de l’ennemi. » Paris se laissa bercer tout le mois d’octobre au bruit d’expéditions commencées en succès et terminées en retraites. Le 13, nous prenons Bagneux et une attaque un peu vive nous rendrait Châtillon ; Trochu n’a pas de réserves. Le 21, une pointe sur la Malmaison perce la faiblesse de l’investissement, jette la panique jusque dans Versailles ; au lieu de pousser à fond, le général Ducrot n’engage que six mille hommes et les Prussiens le