Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/70

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Ferry à attendre. À trois heures du matin, comme le tournis persiste, les tambours de Trochu battent sur la place ; le bataillon breton débouche en plein Hôtel-de-Ville par le souterrain de la caserne Napoléon, surprend et désarme beaucoup de tirailleurs ; Jules Ferry envahit la salle du Gouvernement. Les indisciplinables ne firent point de résistance. Jules Favre et ses collègues furent délivrés. Aux Bretons qui menaçaient, le général Tamisier rappela les conventions débattues dans la soirée et, pour gage d’un oubli réciproque, sortit de l’Hôtel-de-Ville entre Blanqui et Flourens. Trochu parcourut les rues et les quais dans une gloire de bataillons.

Ainsi s’évanouit en fumée cette journée qui aurait pu revivifier la défense. L’incohérence des hommes d’avant-garde refit au Gouvernement sa virginité de Septembre. Il l’exploita cette nuit même, arracha les affiches Dorian-Schœlcher, accorda des élections municipales pour le 5, mais les fit payer d’un plébiscite, posa la question impérialement : « Ceux qui voudront maintenir le Gouvernement voteront oui ». Le Comité des vingt arrondissements eut beau lancer un manifeste, le Réveil, la Patrie en danger, le Combat dire les cent raisons pour lesquelles il fallait dire non, Paris, par peur de deux ou trois hommes, ouvrit un nouveau crédit à ce Gouvernement qui accumulait inepties sur insolences, lui dit : « Je te veux » 322 900 fois. L’armée, les mobiles donnèrent 237 000 oui. Il n’y eut que 54 000 civils et 9 000 militaires pour dire non.

Comment ces soixante mille clairvoyants, si prompts, si énergiques, ne purent-ils jamais gouverner l’opinion ? C’est qu’ils se fractionnèrent en cent courants. La fièvre du siège n’était pas pour discipliner le parti révolutionnaire, si divisé quelques semaines auparavant, et personne ne s’y essayait. Delescluze et Blanqui vivaient dans un cercle exclusif d’amis ou de partisans. Félix Pyat, offrant un fusil d’honneur à qui tuerait le roi de Prusse, patronnant un feu grégeois qui devait rôtir l’armée allemande, ne devenait pratique que pour sauver sa peau. Les autres, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Schœlcher, etc., l’espoir des républicains sous l’Empire, étaient rentrés d’exil poussifs, cariés de vanité et