Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/191

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qui causent ces réactions, quoiqu’elles aient même pour lui tout l’attrait de l’inconnu et qu’il leur accorde quelque chose comme de l’admiration, il ne les goûte qu’à distance. Il fuit leur approche incommode à ses stagnans repos, aussi empressé à s’appitoyer avec emphase à leur description, qu’à se détourner de leur vue. La présence de Chopin était donc toujours fêtéo. N’espérant point être deviné, dedaignant de se raconter lui-même, il occupait si fort de tout ce qui n’était pas lui, que sa personnalité intime restait à l’écart, inabordée et inabordable, sous une surface polie et glissante où il était impossible de prendre pied.

Quoique rares, il y eut pourtant des instants où nous l’avons surpris profondément ému. Nous l’avons vu pâlir et blêmir, au point de gagner des teintes vertes et cadavéreuses. Mais dans ses plus vives émotions, il resta concentré. Il fut alors, comme de coutume, avare de paroles sur ce qu’il ressentait ; une minute de recueillement déroba toujours le secret de son impression première. Les mouvemens qui y succédaient, quelque grâce de spontanéité qu’il sût leur imprimer, étaient déjà l’effet d’une réflexion dont l’énergique volonté dominait un bizarre conflit de véhémences morales et de faiblesses physiques. Ce constant empire exercé sur la violence de son caractère, rappelait la supériorité mélancolique de certaines femmes qui cherchent leur force dans la retenue et l’isolement, sachant l’inutilité des explosions de leurs colères et