Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/69

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du plaisir ! Cependant ce plaisir ne cesse jamais d’être veiné de mélancolie, car son existence n’est plus appuyée sur le sol inébranlable de la sécurité, de la force, de la tranquillité. La patrie n’est plus !.. Dorénavant toutes les destinées ne sont que les débris flottans d’un immense naufrage. Les bras de l’homme ressemblent à un radeau portant sur leur faible charpente, une famille éplorée. Ce radeau est lancé en pleine mer, mer houleuse, aux vagues menaçantes prêtes à l’engloutir. Pourtant un port est toujours ouvert, un port est toujours là ! Mais, ce port, c’est l’abîme de la honte ; ce port, c’est le refuge glacial que présente l’ignominie ! Maint cœur d’homme, lassé et épuisé, a peut-être songé à y trouver le repos désiré par son âme fatiguée. Vainement ! A peine son regard s’y est il arrêté que sa mère, sa femme, sa sœur, sa fille, l’amie de sa jeunesse, la fiancée de son fils, la fille de sa fille, l’ayeule aux cheveux blancs, l’enfant aux cheveux blonds, ont jeté des cris d’alarme, demandant à ne pas approcher du port d’infâmie, à être rejetées en haute mer, sauf à y périr, à y être englouties durant une nuit noire, sans une étoile au ciel, sans une plainte sur la terre, entre deux flots sombres comme l’Erèbe, répétant au fond d’une âme emparadisée dans la mort par la double foi de la religion et de la patrie : Jeszcze Polska nie zginçla !..

En Pologne, la mazoure devient souvent le lieu où le sort de toute une vie se décide, où les cœurs se pésent, où les éternels dévouemens se promettent,