Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/70

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où la patrie recrute ses martyrs et ses héroïnes. En ces contrées la mazoure n’est donc pas seulement une danse ; elle est une poésie nationale, destinée comme toutes les poésies des peuples vaincus à transmettre le brûlant faisceau des sentimens patriotiques, sous le voile transparent d’une mélodie populaire. Aussi, n’y a-t-il rien de surprenant à ce que la plupart d’entr’elles modulent dans leurs notes et dans les strophes qui y sont attachées, les deux tons dominans dans le cœur du polonais moderne : le plaisir de l’amour et la mélancolie du danger. Beaucoup de ces airs portent le nom d’un guerrier, d’un héros. La Polonaise de Kosciuszko est moins historiquement célèbre que la Mazoure de Donibrowski, devenue chant national à cause de ses paroles, comme la mazoure de Chtopicki fut populaire durant trente ans à cause de son rhythme et de sa date, I830. Il fallut une nouvelle avalanche de cadavres et de victimes, une nouvelle inondation de sang, un nouveau déluge de larmes, une nouvelle persécution dioclétienne, un nouveau repeuplement de la Sibérie, pour étouffer jusqu’au dernier écho de ses accens et jusqu’au dernier reflet de ses souvenirs.

Depuis cette dernière catastrophe, la plus lourde de toutes à ce qu’assurent les contemporains, sans être écrasante néanmoins.à ce qu’affirment tous les cœurs, à ce que murmurent toutes les voix, la Pologne est silencieuse ; pour mieux dire, muette. Plus de Polonaises nationales, plus de Mazoures populaires. Pour parler