Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/72

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personnels l’auraient-ils mieux aidé à créer des poëmes, à fixer des scènes, à décrire des épisodes, à dérouler des tristesses, qui lui doivent de retentir plus loin que le sol qui leur a donné naissance, d’appartenir désormais à ces types idéalisés que l’art consacre dans son royaume de son lustre resplendissant ?

Pour comprendre combien ce cadre était approprié aux teintes de sentimens que Chopin a su y rendre avec une touche irisée, il faut avoir vu danser la mazoure en Pologne ; ce n’est que là qu’on peut saisir ce que cette danse renferme de fier, de tendre, de provoquant. Tandis que la valse et le galop isolent les danseurs et n’offrent qu’un tableau confus aux assistans ; tandis que la contredanse est une sorte de passe d’armes au fleuret où l’on s’attaque et se pare avec une égale indifférence, où l’on étale des grâces nonchalantes auxquelles ne répondent que de nonchalantes recherches ; tandis que la vivacité de la polka devient aisément équivoque ; que les menuets, les fandangos, les tarentelles, sont de petits drames amoureux de divers caractères qui n’intéressent que les exécutans, dans lesquels l’homme n’a pour tâche que de faire valoir la femme, le public d’autre rôle que de suivre assez maussadement des coquetteries dont la pantomime obligée n’est point à son adresse, — dans la mazoure, le rôle de l’homme ne le cède ni en importance, ni en grâce, à celui de sa danseuse et le public est aussi de la partie.