Page:Londres - Le chemin de Buenos-Aires, 1927.djvu/25

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
27
LE CHEMIN DE BUENOS-AIRES

barque qui se dépêchait alors que le Malte filait déjà. Le Malte stoppa. Et ce fut très joli de voir ce courrier français interrompre sa marche parce qu’il avait oublié la Galline et son galant.

Lui s’appelait Lucien Carlet. Son passeport portait : commerçant. Elle, Blanche Tuman, son passeport : couturière. La couturière avait vraiment du goût pour le commerçant. Les soirs, quand chacun avait regagné sa tanière, ils allaient de bâbord à tribord, comme de nouveaux amants. Officiellement, ils ne voyageaient pas ensemble. Elle était dans une cabine, lui dans une autre. Aussi prolongeait-elle les soirées le plus possible. Elle se penchait pour l’embrasser aux lèvres. Lui ne se penchait jamais.

Il ne lui refusait cependant rien.

Aux îles Canaries il lui offrit du vin de Malvoisie. Elle le trouva délicieux. Il lui en acheta six bouteilles. Elle le fit boire aux petits enfants des émigrants parce qu’elle était bonne. À Dakar elle eut trop chaud. Je dus venir au secours de Lucien Carlet. Ils étaient assis au café Métropole quand je passai. Il m’appela. Elle croit, dit-il, que plus nous descendrons, plus il fera chaud. Écoutez, charmante jeune fille, figurez-vous qu’il y a un fourneau, là. Eh bien ! nous sommes devant, mais en nous éloignant, nous le sentirons moins. Elle