Page:Lope de Vega - Théâtre traduction Damas-Hinard tome 1.djvu/72

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rature espagnole, ouvrage intéressant quoique fort incomplet et non exempt d’erreurs graves, Bouterweck dit de Lope : « Une pièce en cinq actes, versifiée en redondilles, entremêlées de tercets, de sonnets et d’octaves, ne lui coûtait ordinairement que vingt-quatre heures de travail. » Si une pièce en cinq actes, ou pour mieux parler, en trois journées, suivant la coupe espagnole, n’eût ordinairement coûté à Lope que vingt-quatre heures de travail, ce n’est pas quinze cents comédies qu’il aurait laissées, mais quinze mille.

Non content de cette exagération, Bouterweck ajoute : « Quelquefois il fut obligé d’en composer en trois ou quatre heures de temps. » On ne saurait être plus expéditif !

Enfin, j’ouvre la Biographie universelle à l’article Lope de Vega, et je lis : « Ses pièces ne lui coûtaient d’autre peine que celle de les écrire. » Ceci m’a l’air de la traduction libre des trois ou quatre heures de Bouterweck[1].

En laissant de côté toutes ces exagérations, ce qui est positif c’est que, sur les quinze cents comédies de Lope, il y en a, comme il le dit lui-même, plus de cent qui furent composées en vingt-quatre heures :

Pues mas de ciento en horas veinticuatro
Pasaron de las musas al teatro.

Pour les autres, on ne sait pas au juste le temps qu’il lui fallait ; cela dépendait sans doute de l’inspiration, de la veine, plus ou moins heureuse. Mais il est à croire que l’expérience se joignant à sa facilité naturelle, il avait dû acquérir une grande rapidité d’exécution.

Des comédies que l’on a faussement attribuées à Lope et de celles qui lui sont à tort contestées.

Lope s’est plaint souvent de ce que l’on publiait sous son nom des ouvrages qui n’étaient pas de lui, et de ce que, en

  1. L’article Lope de Vega, de la Biographie universelle, est d’un écrivain qui a étudié jusqu’à un certain point le sujet qu’il traite. Mais, en général, tout ce qui a rapport aux dramatistes espagnols dans la Biographie universelle, me paraît avoir été fait par des hommes complétement étrangers à la langue et à la littérature de l’Espagne. L’article de Calderon et celui de Guillen de Castro, le premier auteur du Cid, sont pleins d’erreurs. Quant à Tirso de Molina, Rojas, Montalvan, Alarcon, etc., etc., on n’en a pas parlé ; et, à notre avis, cela vaut beaucoup mieux.